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LE
COCHON A DIT OUI [extraits]
© R.F. Aebi
2001
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Première
partie, scène 3 : [Le curé, Madame le
Maire, Antoine, Léontine, Oncle Gabriel off]
Le
Curé entre, suivi de Madame le Maire. Il est vêtu
" moderne ", sans soutane. Elle est
très élégante, à part une
coiffure peu élaborée qui tranche avec le
reste. Antoine est habillé de manière à
ce qu’on comprenne qu’il s’agit d’un propriétaire
aisé.
Le Curé :
Madame le Maire, je maintiens
que nous aurions pu venir dans le même véhicule.
Mme le Maire :
Monsieur le Curé, sans
vouloir vous vexer, il eût été déplacé
que je déambulasse dans un engin antédiluvien
qui symbolise à merveille, par son état de
délabrement, l’esprit réactionnaire que vous
représentez.
Le Curé :
Je ne suis en rien vexé,
connaissant votre sens de l’humour caustique et considérant
le parti que vous représentez et qui n’a rien à
envier à mon pseudo esprit réactionnaire.
Mme le Maire :
Monsieur le Curé, c’est
un vrai plaisir de converser avec vous. Mais nous ne sommes
pas là pour entamer une controverse politico-sociale.
[Se retournant vers la porte] Et bien, Monsieur Antoine,
qu’attendez-vous pour entrer ?
L’Antoine
passe la tête par la porte. Il hésite manifestement
à pénétrer dans l’antre de son ennemi.
Antoine :
Vous êtes certaine qu’il
n’est pas là, sous son arbre, à pointer sa
pétoire dans ma direction ?
Mme le Maire :
Mais non ! Il n’y a personne.
Antoine :
Je préférerais
que le Curé me le jure.
Le Curé :
Mon fils, un homme d’Église
ne jure pas.
Antoine
entre précautionneusement.
Antoine :
Je ne suis pas votre fils pour
des raisons génétiques, aussi bien que canoniques.
Il n’empêche que si l’autre cinglé me voit,
je suis bon pour le cimetière sur lequel vous régnez
sans partage, les clients qui y demeurent n’ayant plus leur
mot à dire.
Le Curé [amusé]
:
Me voilà entouré
de mécréants. Peu importe, il faut que je
porte ma croix.
Mme le Maire [criant]
:
Y a-t-il quelqu’un ?
Antoine [terrorisé]
:
Pas si fort !
Léontine
sort de l’appentis. Elle est très sale… comme un
cochon. A peine dehors, elle repasse la tête sous
l’appentis.
Léontine :
Louis XIV, cesse de grogner,
j’ reviens de suite. Quel tête de cochon, çui-là !
[Se retournant vers les visiteurs] Il a un caractère
ombrageux et déteste rester tout seul. [Regardant
à l’intérieur de l’appentis] Louis XIV,
ferme-la ! Et tiens-toi tranquille, tu vas t’écorcher
le groin.
Le Curé :
Comment le nommez-vous, votre
porc ?
Léontine :
Louis XIV. Remarquez qu’avant,
on l’appelait Pie XII en raison des opinions religieuses
de mon maître, mais votre prédécesseur,
M’sieur le Curé, a menacé d’ nous excommunier
tous. Alors, on a changé le nom et c’est d’venu Louis
XIV, en raison des opinions politiques de mon maître.
On a ben pensé à lui dire Antoine en raison
des opinions de mon maître sur l’ voisinage, mais
on n’y a r’noncé. C’est pas pa’ce qu’ c’est un cochon
qu’ i’ faut l’insulter, pas vrai ?
Mme le Maire :
Ma bonne, votre maître
est-il là ?
Léontine,
visiblement très myope, s’approche très
près de Madame le Maire.
Léontine :
Pardonnez, j’aime voir à
qui j’ai affaire.
Mme le Maire :
Seigneur, quelle odeur abominable !
Le Curé :
Je vous ferais remarquer que
vous venez d’ invoquer le nom du Très-Haut. Un lapsus,
peut-être ?
Léontine :
Ça serait-i que vous
seriez la mairesse, par hasard ?
Mme le Maire :
Si vous voulez, ma bonne.
Léontine :
Alors, M’sieur Gabriel, il
est pas là !
On
entend depuis la cuisine un hurlement : " Salopard ! ".
Antoine se cache derrière le curé.
Antoine [terrorisé]
:
C’est lui ! J’ai entendu
son cri de bête fauve.
Léontine [à
Antoine] :
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