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Sketch en
9 séquences
Les enchaînements
entre les séquences doivent être très
rapides.
SÉQUENCE
I
Elle est
en scène. Lui entre, épuisé.
Lui : Bonsoir,
Chérie !
Elle : [grincheuse]
Soir !
Lui : Qu’est-ce
qu’il y a ?
Elle : T’as
vu ta tête quand tu dis : " Bonsoir,
Chérie ! " ? Tu pourrais dire
aussi : " Salut, pauv’ gourde ! "...
que ça serait pareil.
Lui : Écoute,
Chérie ! J’suis crevé, mais alors là,
crevé ! Alors, avec tout mon amour, je fais
ce que je peux et je te dis : " Bonsoir,
Chérie ! ".
Elle : Voilà !
Tu essaies encore de me culpabiliser !
Lui : Mais
non...
Elle : Ho,
si ! " Bonsoir, Chérie ! ".
Tu le dis en pensant : tu remarques comme je suis fatigué,
moi qui ai travaillé toute la journée. C’est
pas comme toi, feignante qui est à glander du matin
au soir.
Lui : Je
n’ai pas dit...
Elle : Mot
pour mot ! Figure-toi, mon petit bonhomme, que je ne
chôme pas, du soir au matin... ouais, enfin... c’est
le contraire... que j’amène les gosses à l’école,
que je vais les rechercher à midi et rebelotte l’après-midi.
Des fois, je me demande ce qu’ils fichent ces profs avec
nos bouts de choux. Ça ne suffirait pas une demi-journée
pour apprendre à causer correc... ?
Lui : Chérie,
je te jure que...
Elle : Jure
pas ! Jure pas ! C’est tout du bidon.
Lui : Je
t’assure que je ne voulais pas...
Elle : Et
ben, c’est raté !
Noir.
SÉQUENCE
II
Elle est
en scène. Lui entre, tout guilleret.
Lui : [très
gai] Coucou ! C’est moi, Chérie ! Comment
vas-tu ?
Elle : [très
lasse] Ça va, ça va.
Lui : [Inquiet]
Ça va vraiment ? Tout, tout, tout ?
Elle : [essayant
de se reprendre] Mais oui, ça va.
Lui : [à
nouveau très gai] Je suis bien content... Tu
as passé une bonne journée ?
Elle : [lasse
à nouveau] Ça a été.
Lui : [inquiet]
Tu es sûre ?
Elle : Évidemment,
je sais ce que je dis, quand même ! Remarque
que, puisque ça n’a pas l’air de t’intéresser,
je te signale que j’ai une migraine affreuse. Mais, bien
sûr, ce n’est pas la première préoccupation
de Monsieur.
Lui : Mais,
ma Cocotte, je t’ai demandé comment tu allais et
tu m’as répondu : " Ça va,
ça va ! "
Elle : Ah,
ne commence pas à chipoter ! Tu sais très
bien que, quand on demande aux gens : " Comment
ça va ? ", il est rare qu’ils répondent :
" Très mal et vous ? ".
C’est une convention et ça n’empêche pas d’avoir
une migraine affreuse.
Lui : Je
suis désolé.
Elle : C’est
trop tard.
Noir.
SÉQUENCE
III
Elle est
en scène. Il entre très guindé.
Lui : " Bonsoâr ",
Chère ! Comment vous portez-vous donc ?
Elle : Le
mieux du monde... Et vous-même, mon Ami ?
Lui : Vous
me voyez quelque peu épuisé par une journée
de travail plutôt éreintante... plutôt.
Elle : Figurez-vous,
mon Cher, que je ne chômai point non plus, si je puis
employer un mot si populaire et que je sens, dans votre
discours une certaine condescendance plus marquée
qu’à l’ordinaire. Considéreriez-vous que je
languisse à ne rien faire ?
Lui : Où
allez-vous chercher cela, ma bonne Amie ? Je sais bien
que vos multiples occupations vous tuent... littéralement :
leçon chez votre professeur de piano, coiffeur, esthéticienne,
cours de littérature... quoi déjà ?
Elle : [acide]
Rhéto-romane.
Lui : C’est
cela !... Bridge chez votre amie Gislaine... Mais comment
faites-vous pour tenir le coup ?
Elle : Dieu
merci, il y a le fitness !... Dites, Cher... où
allons-nous dîner, ce soir ?
Lui : C’est
que je suis assez flapi. La bonne n’a-t-elle rien préparé ?
Elle : Si
vous croyez que j’ai encore le temps de lui donner des ordres !
Noir.
SÉQUENCE
IV
Elle est
en scène. Il entre très " macho ".
Lui : Bonsoir,
Chérie ! Ça va, ma p’tite ?
Elle : Je
suis en peu fatiguée après une journée
de travail.
Lui : Allons,
allons. Tu ne vas pas me faire croire que rester assise
tout le temps derrière un caisse enregistreuse a
de quoi vous épuiser. Tu te fous de moi, ou quoi ?
Elle : C’est
que j’ai dû me lever tôt pour faire le ménage
avant de partir.
Lui : Ne
me dis pas que ça t’a crevé. Tu parles d’une
énergie. Tu roupillais à moitié, oui.
T’as frotté le parquet tellement mollement que ça
ne m’a même pas réveillé. Qu’est-ce
qu’on mange ?
Elle : J’ai
des raviolis.
Lui : [horrifié]
En boîte ?
Elle : Je
viens de rentrer, je n’ai pas eu le temps...
Lui : Ça,
c’est un comble : " Je n’ai pas eu le temps ! "
Et moi, alors, qui suis à la retraite toute la journée,
même qu’elle est anticipée !
Noir.
SÉQUENCE
V
Elle est
en scène. Il entre, charmant.
Lui : Bonsoir,
Chérie !
Elle : Bonsoir,
mon gros Nounours ! Tu as passé une journée
exténuante, hein ? Mais c’est un pauvre gros
Nounours, ça ! Qu’est-ce qu’il voudrait pour
son dîner, le gros Nounours ?
Lui : Qu’est-ce
que tu as ?
Elle : C’est
toi qui choisis. J’ai des cannellonis que je pourrais te
faire " alla pana ", comme tu les aimes,
des tranches de veau aux champignons, il reste du ragoût
de boeuf.
Lui : Le
reste du ragoût de boeuf !
Elle : Tu
ne veux pas des tranches de veau ?
Lui : Tu
as aussi eu ta journée. Réchauffer le ragoût
te donnera moins de travail. C’est dit : ragoût !
Elle : Tu
ne préfères pas les cannellonis ?
Lui : Du
ragoût !
Elle : Ce
que tu peux être têtu, quand même.
Lui : Mais,
Chérie, tu me demandes de choisir, ... j’ai choisi.
Elle : Dis
tout de suite que je ne sais pas faire les tranches de veau.
Lui : Mais
non !
Elle : Ah,
tu vois : tu as dit " non ". Et
bien, tu n’as qu’à le réchauffer toi-même
ton sale ragoût !
Noir.
SÉQUENCE
VI
Lui : Bonsoir,
Chérie ! Qu’est-ce qu’on fait ce soir ?
Elle : Rien
de spécial. Je vais te mitonner un bon petit repas.
Lui : On
pourrait aller au restaurant.
Elle : Ecoute !
Je suis fatiguée et je n’ai pas envie de sortir.
Un temps.
Lui : Il
y a un bon film à l’Hollywood.
Elle : J’aimerais
mieux rester à la maison.
Lui : Eric
m’a parlé d’un concert hypergénial. Je téléphone
pour voir s’il reste des places.
Elle : Tu
sais, je suis vraiment fatiguée et j’ai un mal de
tête !
Lui : Comme
tu veux !... Tu as raison. Le cinéma, c’est
mieux.
Elle : Non,
je...
Lui : Ben
quoi ? T’es pas encore habillée ?
Noir.
Lui : Bonsoir,
Chérie ! Marre, marre, marre !
Elle : Quelque
chose qui ne va pas ?
Lui : [visiblement
excédé] Oh non ! Tout va très
bien ! Tu le fais exprès ou quoi ?
Elle : Excuse-moi !
Je t’ai juste demandé ce qui te contrariait.
Lui : [même
jeu] Ça t’intéresse ?
Elle : Bien
sûr ! Tout ce qui t’arrive m’intéresse.
Lui : C’est
ce salaud de Dugommier. Il a été nommé
à ma place. Tu te rends compte : Dugommier !
Il a été dire au patron qu’il fallait revoir
la stratégie de communication médiatique des
éléments différenciés interdépartementaux
sur une base de redistribution compétitive des prérequis
intrinsèques de l’imagerie collatérale du
produit brut indexé... C’était mon idée !
Elle : Ah oui ?
Lui : [agressif]
Tu as compris quelque chose ?
Elle : Bien
sûr ! Pour qui me prends-tu ? Dugommier
a été nommé à ta place. Ce n’est
pas bien grave. Tu auras moins de soucis. D’ailleurs, tu
disais toujours que ce Dugommier est très bien, un
type sympa..
Lui : C’est
tout ce que tu trouves pour me consoler ?
Elle : Bon d’accord,
ta fierté virile en prend un coup.
Lui: Merci, merci beaucoup
! Je vois que tu compatis.
Elle : Je
constate que Monsieur est à prendre avec des pincettes.
Ecoute, mon Loulou, dans quinze jours nous partons pour
la Martinique nus dorer au soleil. Tu boiras tous les ti-punchs
que tu voudras et tu oublieras tout ça très
vite.
Lui : C’est
toi qui peux oublier.
Elle : Quoi ?
Lui : La
Martinique. Je comptais sur ma nomination et sur une augmentation
de salaire pour payer le voyage.
Elle : [hurlant]
Mais quel salaud, ce Dugommier, un fumier, oui !
Noir.
SÉQUENCE
VIII
Elle est
sur scène. Il entre, s’assied et ouvre un journal.
Lui : Bonsoir,
Chérie ! Pouf, quelle journée !
Elle : Bonsoir,
mon Roudoudou ! Installe-toi bien. Je te prépare
un petit verre. Pauvre Roudoudou tout fatigué. J’ai
été en ville, cette après-midi.
Lui : [l’air
absent] Oui, Chérie.
Elle : J’ai
rencontré Louise devant le magasin de chaussures.
Elle te fait bien saluer.
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Nous
avons fait nos courses ensemble et, tu sais quoi ?
nous avons été boire un thé au tea-room.
[Riant] Remarque que c’est normal de boire un thé
au tea-room... au tea-room... un thé... au tea-room.
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Le
plombier a téléphoné. Il passera demain...
qu’il dit. Alors, on les change ces lavabos ?
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Ça
va coûter assez cher.
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Tu
m’écoutes ?
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : On
ne t’a pas dit, au bureau, que ta cravate est complètement
ridicule ?
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Tu
sais que tu commences à m’énerver ?
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Tu
espères que je te fasse à manger ?
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : Et
bien, tu peux te brosser et tu n’as qu’à aller au
bistro.
Lui : Oui,
Chérie.
Elle : [avec
un air entendu] J’ai besoin d’une nouvelle robe. J’en
ai vu une qui me plaît. Je peux l’acheter ? Elle
ne coûte que cinq cents francs.
Lui : Ça
va pas ? Avec les fins de mois que nous avons.
Noir.
Elle est
en scène. Il entre.
Lui : Bonsoir,
Chérie !
Elle : Bonsoir,
mon Amour !
Lui : Tu
as passé une bonne journée ?
Elle : Excellente,
et toi ?
Lui : Comme
d’habitude. Je suis un peu raide. Y a quelque chose à
la télé ?
Elle lui
passe un journal.
Lui : Sur
M6, il y a Zone interdite sur les pilleurs de châteaux
et sur... ARTE, un film génial : Out
[Il prononce à la française] of
Africa, de Sydney Pollack.
Elle : Oh,
tu sais, moi, le cinéma polonais.
Lui : C’est
pas polonais.
Elle : Pollack,
c’est pas polonais ?
Lui : [lisant]
Film américain de Sydney Pollack.
Elle : Moi,
je dis qu’un film américain fait par un Polonais,
ça doit faire un drôle de mélange. En
plus... c’est quoi le titre ?
Lui : Out
of Africa.
Elle :
En plus, si ça se trouve, ça se passe en Afrique,
ton machin.
Lui : [lisant]
" Le film est aussi un hymne à la femme,
capable de s’affranchir des conventions sociales. "
Elle : Là,
tu m’intéresses. Tu as dit que c’était sur
quelle chaîne ?
Lui : ARTE.
Elle : Tu
es sûr que c’est pas barbe ?
Lui : [lisant]
" [...] Out of Africa est assurément
une œuvre féministe ".
Elle : O.K. !
Out of Africa !
Un temps
court.
Elle : Tu
es sûr que tu préfères pas les pilleurs
de châteaux ?
Lui : Non !
On a dit Out of Africa, on regarde Out of Africa.
Un temps
court.
Elle : Parce
que si tu préfères les pilleurs de châteaux...
Lui : [agacé]
Mais non ! On a dit Out of Africa, c’est Out
of Africa.
Elle : De
toutes façons, au bout de vingt minutes, toi, tu
dors.
Noir.
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